Trente réveils différents ?

Trente matins particuliers, et trente réveils aussi identiques que ceux en France, notre port de départ.

Hormis à Manao et Santiago où nous avons passé quelques nuits d’affilées, chaque jour, le soleil nous a vu nous réveiller dans un endroit différent.

De Santiago à Puerto Montt, durant notre séjour sur l’île de Chiloé, demain matin en plein milieu du parc naturel de Pumalin.

Trente jour et plus d’une dizaine à regarder défiler le ruban de la piste. Long ? Court ? Différent ? Non. En fait le temps passe comme il passe en France. Les journées semblent juste plus denses, les semaines plus étoffées, pleines, charnues.

Après un début assez rock and roll (départ limite annulé, valise égarée, grosse fièvre durant deux jours) nous avons passé ce premier mois en Amérique du sud comme un couple qui s’installe dans un nouvel appartement. Une grande partie de notre temps, nous avons cherché ce dont nous avions besoin au quotidien, et après avoir beaucoup vendu avant le départ, nous avons pas mal acheté en début d’aventure.

A aucun moment nous n’avions trainé nos guêtres dans autant de quincailleries pour trouver une bâche, des bidons pour l’eau, un balai…etc.

Ensuite il nous a fallu trouver une organisation pour que la voiture ne se transforme pas en poubelle en quelques jours. Et apprendre les bases dans un nouveau pays et avec un nouveau style de vie.

Et voilà qu’au bout d’un mois et un peu moins on the road nous avons déjà trouvé nos marques. Josélito à la conduite, Morgane aux cartes (la plus grosse source d’engueulades). Je me suis juré de repartir avec un GPS la prochaine fois (lui au moins a un bouton off !).

Pour autant, seul, je serai certainement déjà arrivé en Floride.

Quand l’un prépare le repas, l’autre attaque le montage de la douche (et oui nous avons une douche et bien souvent de l’eau chaude) ; préparation des lits et démontage le matin à tour de rôle. Le tout sans effort, souvent en silence, chacun vacant à ses pensées.

Et pendant que Morgane bosse son espagnol, je maraude dans les environs, Leica en main (bon oui le Canon aussi…mais j’aime moins pour l’heure).

Chaque matin apporte son lot de magie. Pas simplement parce que l’on se réveille dans un endroit différent de la veille. Plus simplement parce que l’on se réveille dans un endroit chouette chaque matin.

Au delà de ça, ce qui me surprends le plus, c’est que chaque matin Morgane et moi nous nous réveillons comme un samedi matin en France.

Yeux ouverts, je saute du lit et je marche. Je m’affaire, je prépare le petit déjeuner et je marche. Les mails (je suis en train de décrocher), les news du monde et je marche. Parfois, histoire de ralentir ma course matinale, je me cogne. J’arrive à me cogner autant dans un appartement de soixante dix mètres carrés que dans une bagnole qui doit en faire 10. Bref !

Pendant ce temps là, Morgane, née sous le signe du poisson, vit sous le signe du chat. Elle ouvre un œil, puis l’autre (rarement les deux en même temps à ce moment du jour). Elle sort une patte pour tâter la qualité de l’air puis se ravise et la glisse prestement (c’est à dire pas trop trop vite) sous le duvet.

Elle s’étire, elle savoure, elle pourlèche son réveil pour qu’il soit beau et digne d’être vu par le soleil chaque jour.

Dans cet océan de différences permanentes, Morgane se révèle, tout comme moi. Nous voici en train de nous découvrir « vraiment ». Chaque erreur nous forme, chaque kilomètre nous apprend une chose, et je découvre à quel point nous inspirons confiance et calme aux Autres, combien aussi nous sommes d’un niveau d’exigence démesuré l’un envers l’autre (nous nous accordons moins d’un pourcent de droit à l’erreur…un drame).

Je confirme. Où que l’on aille, on y va avec Soi ! Pas le choix. Pour ma part, je suis ravi d’être en voyage avec ce Josélito là et avec cette Morgane là.

Et ce qui nous entoure alors ? On s’en fout !

Nous pourrions le faire à Marseille, à Paris, à Barcelone ce voyage. Mais bon, en Amérique du sud c’est quand même vachement plus sympa.

Pour l’heure le seul point commun entre le nord et le sud du Chili, si tant est qu’il soit possible de trouver un quelque chose qui rassemble un pays long de 4200 kilomètres, c’est la poussière.

La piste au nord ou au sud c’est de la poussière en permanence. Pour le reste, ce n’est qu’opposition.

Le nord est dur, sec, aride, minéral et beau.

Le sud est tendre, vert, végétal, humide et beau.

La faune y est plus généreuse puisque la nature l’est beaucoup plus. Faune, flore, tout est plus chargé au sud.

En peu de temps nous avons retrouvé des paysages suisses, suédois, espagnoles, français.

En fin de compte c’est économique comme pays. Un avion vous expédie dans plusieurs pays d’un coup.

Bon après, il est vrai que prendre son petit déjeuner avec des dauphins en train de faire les pitres à quelques mètres c’est particulier tout comme se retrouver nez à nez avec un manchot sur une plage.

Concernant les humains c’est un peu plus difficile de se faire une idée précise. C’est certainement lié à notre façon de voyager. Le stop, la marche ou le vélo sont des voyages lents et en particulier pour la marche vous avez besoins des autres.

Dans notre cas nous sommes totalement autonomes et de fait nous pouvons facilement passer plusieurs jours sans contact particulier. Nous pourrions facilement passer un an et avoir autant de relations sociales qu’en France. La caissière, la boulangère, quelques paroles échangées avec un voisin et basta.

C’est aussi lié au fait que nous bougeons chaque jour. Pas le temps de s’attacher, de laisser une marque sur le sol.

Dans les premiers temps, les discussions se sont déroulées par bribes avec le mécano qui a révisé l’auto, avec notre logeuse sur Santiago, avec les pompistes à chaque arrêt gasoil.

Rien d’assez long pour prendre le poul du pays ou simplement prendre plaisir à échanger.

Et puis voilà que d’un coup d’un seul, nous avons pris la décision de nous poser un temps à Manao dans cet endroit qui nous a bien plu. Et là Banco ! Trois jours avec deux sœurs en pleine campagne. Et ce sont des vies qui s’offrent à vous, des sourires en pagaille et des moments de partage tellement riche que s’en est douloureux, presque indigeste.

Et nous voilà à devoir apprendre à nous lier de façon intense aux autres et nous délier tout aussi intensément et rapidement. Bien sur que nous aurions aimé passer trois semaines à Manao avec Anna et sa famille. Mais voilà, et là, j’avoue que c’est moi qui pousse, il y a la route, cette putain de curiosité à découvrir se qui se trouve un kilomètre plus loin, au prochain virage, après ce prochain passage de bac. J’ai certainement plus envie que Morgane de la dévorer cette route, d’en voir plus, une gourmandise sans borne pour la suite !

Donc pour l’heure les Chiliens sont comme les Français. Ce sont des Autres avec qui il est agréable de vivre pour peu que nous trouvions agréable de vivre avec soi même.

Pour ma part, point n’est besoin de voyager pour savoir qu’on récolte ce que l’on sème. Et là, en voyage avec Morgane on sème beaucoup et on s’aime bon et ça se sent !

En guise de conclusion de ce premier mois je dirais que si je devais rentrer demain matin ce serait avec grand plaisir. La route m’a déjà donné beaucoup plus que ce que je pouvais imaginer et dans d’excellentes conditions.

Et comme je suis gourmand, et bien en avant pour un deuxième mois.

Mojo

A propos de 

Morgane et Joselito Tirados ont voyagé durant une année en Amérique du sud à la rencontre de ceux qui font ce pays. Ce fût l'occasion pour eux d'envisager une installation sur place (certainement au Chili) et de développer un business autour de la cosmétique et des produits de bien être pour elle et proposer ces compétences en matière de stratégie d'entreprise pour lui.

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