3 juin, Desaguadero, Hotel Corona. Froid et soleil. 7h30 du matin

Au petite matin du 3 juin, c’est la première fois que je n’ai pas envie de me lever et que j’ai le sentiment de devoir affronter la journée plutôt que d’en profiter pleinement.

La petite ville de Desaguadero est debout depuis au moins 5 heures du mat et j’ai froid.
Nous finissons par nous lever et c’est avec un petit déjeuner de gâteaux secs que nous nous rendons au poste de douane. La nuit fut courte, agitée et pleine de mauvais rêves de policiers vilains.

Nous arrivons au poste de douane à 9h00 pétante avec l’ensemble des documents. Le chef du lieu me dicte un courrier et me voila au petit matin avec dans le ventre un petit déjeuner minable en train d’écrire en espagnol sous la dictée d’un douanier péruvien un courrier aux autorités de ce pays, les doigts engourdis par le froid. Aux anges !

Quelques instants plus tard, nous prenons un taxi pour nous rendre a « Tasa » à cinq kilomètres de là, et déposer l’ensemble du dossier au big boss de la douane.
Je suis à la place du mort et Morgane se retrouve coincée à l’arrière entre deux routiers au parfum chargé (les routiers sont sympas et puant au Pérou).

Nous voici donc dans une salle d’attente, portes grandes ouvertes, dans le froid face à un jeune douanier à Tasa. Après avoir exposé notre affaire il nous demande de patienter. Évidement, c’est lundi, et le lundi, même au Pérou…c’est la réunion du lundi matin. Patience donc.

Je mets ce temps à profit pour faire plus ample connaissance avec les locaux. A ma droite un jeune chauffeur et le douanier en poste qui se nomme Percy. La conversation s’anime et je prends un maximum d’informations sur le pays.

Enfin une porte s’ouvre et une femme vient à notre rencontre et prends en main la liasse de documents qui doit nous permettre de continuer notre voyage. Allez, plus que quelques minutes et nous voila en route pour le Pérou.
Mauvaise pioche! Je reprends notre histoire depuis le début, elle s’installe devant l’ordinateur (le système comme ils disent) et au bout de 15 minutes elle m’informe qu’il n’y a plus de système et qu’il faut patienter….

Nous filons au soleil avec Morgane et nous voila dans un zone de douane pour camions. Nous observons, pour tuer le temps, le balai des douaniers autours des camions poussiéreux. Avec Percy s’engage une belle conversation sur le Pérou, l’éducation, les salaires, la politique. Bref, c’est le guide du routard en mieux.

Le soleil est au zénith et j’ai faim. Je commence à mettre doucement la pression. La douanière nous informe qu’elle envoi un coursier avec les documents à Desaguadero et qu’ils pourront, depuis la bas, mettre à jour le système. Ici à Tasa le responsable du système s’est cassé le pied en jouant au foot ! 300 camions bloqués à cause de ça. Pas de responsable du système, pas de systeme ! A les joies de l’informatique.

Nous voila de nouveau dans un taxi avec le coursier et notre dossier que nous le lâchons pas des yeux. Cette fois je suis à l’arrière, écrasé entre la portière et un routier puant.

il est 12h00 passé et j’ai faim. Dans le poste de douane poussiéreux, le responsable prends en charge notre dossier…il faut patienter un peu le temps qu’une personne au bout du fil lui donne l’accès pour pouvoir modifier la fiche informatique ; Personne qui semble être à Santa Rosa pas loin d’Arica.
Une vielle télé diffuse Rolland Garros. Les images d’un Paris sous un timide soleil me rassure, et en même temps me semblent incongrues ici, dans un site de douane miteux, au milieu de nulle part alors que nous ferraillons avec la douane et que dehors les policiers vautours nous attendent.
Je sors du bureau puisqu’il nous faut attendre encore et décide de profiter du soleil.

A quelques mètres, sur ma gauche, du coin de l’œil je guette les policiers assis sur leur banc face au poste. De là, ils semblent désœuvrées en ce lundi matin froid et ensoleillé.
A les regarder de plus près, il me font penser à ces gamins de banlieue qui zone au pied de leur immeuble. Deux assis sur le banc, deux autres le cul vautré dans le 4X4 garé devant le poste. Attendre…voila leur job. Attendre le touriste et le raquetter.

Un douanier s’approche de moi et semble lire dans mes pensées.
Il me demande comment nous allons et me dit qu’une fois que nous aurons notre document, je n’ai pas besoin d’aller voir la police. Il me suffit d’aller tout droit, de passer devant et des les envoyer se faire foutre.
Il m’explique qu’ici les policiers ne peuvent rien nous faire du moment que nous sommes en règles avec la douane. La seule chose qu’ils attendent et de nous voir arriver avec la voiture pour tenter de nous soutirer du fric.

Voici qu’un douanier me conseil d’envoyer la police de son pays au diable. J’ai super faim mais me voilà plus souriant.

Démarre alors entre lui et moi un échange passionnant d’informations sur nos pays respectifs.

Au fur et a mesure de notre conversation, les gens autour s’approchent et écoutent. Une bonne heure s’écoule et Morgane s’écroule de faim. Le douanier le note et nous conseil d’aller déjeuner dans un petit restaurant (une cantine) et de revenir plus tard. Il ne recommande un plat et nous indique son tarif.

Il est 13h00 en ce 3 juin et nous voilà installé devant un plat de pâtes délicieux avec une bonne bouteille d’inca cola (le coca cola local….50 gr de sucre pour 500 ml de jus jaune citron).
Nous mangeons avec appétit et je suis léger depuis que je sais que je ne vais pas devoir me coltiner la police Péruvienne dès le début de semaine.

Une fois le ventre plein et le porte monnaie pas trop vide, nous retournons au poste de douane. Il est 15h00 quand nous avons enfin notre document en main. Victoire ! Nous voici officiellement au Pérou après 10 jours de ballade le long de la frontière et trois tentatives d’incursion dans le pays !

Nous allons directement photocopier le précieux sésame et filons ensuite vers l’hôtel pour récupérer le Ford et foutre le camp d’ici le plus vite possible. Au beau milieu de la rue, le douanier avec qui nous avions papoter nous attends. Il se nomme Sergio et il vit a Juliaca à 3 heures de route d’ici et sur le chemin vers Arequipa.

Il nous trouve sympa et nous propose de passer par chez lui demain afin de continuer à papoter….heu…pourquoi pas ? Banco !

Nous voici en route sur les routes Péruvienne en direction de Juliaca (200 000 habitants) pour aller rencontrer la famille de Sergio le douanier Péruvien.

10 jours pour entrer dans le pays et finalement se retrouver à table chez un Péruvien…douanier. Dire que nous avions hate de quitter le Chili parce que nous commencions a ronronner doucement dans nos bonnes habitudes ! Une fois encore, il faut être prudent avec ses désirs.

Durant les trois jours suivants nous serons traités comme des rois par Sergio et sa femme. Ils nous invite à découvrir la nourriture Péruvienne qui est, comme me l’avait dit un chilien, une des meilleurs d’Amérique du sud. Nous allons au cinéma voir Very bad trip 3 tout en nous gavants de pop corn.
Nous nous baladons sur les hauteur de la ville pour mieux en comprendre la géographique. Bref après ces quelques jours de stress nous sommes en mode touriste et découvrons ce nouveau pays dans d’excellentes conditions.

Nous pourrons dire plus tard, et c’est vrai, qu’un douanier Péruvien à lavé notre voiture et qu’il m’a offert de quoi me raser afin que ces amis Français aient la classe en traversant son pays.

Il nous faudra partir mais avant Sergio et sa femme offrirons à Morgane un ravissant poncho, pour moi une paire de gant et aussi une bonne bouteille d’alcool et une collection de pièce de monnaies Peruvienne.

C’est par une journée pluvieuse que nous nous quittons. Sergio et sa femme, ainsi que sa petite fille de 4 ans (le plus grand est en cours) nous accompagne à la sortie de la ville et nous souhaite bonne chance. J’ai surpris Sergio écrasant une larme avant de remonter dans son auto.

Je ne sais pas si le ministre du tourisme est en lien avec la douane au Pérou. Si ce n’est pas le cas, il devrait car c’est un moyen efficace de donner envie aux voyageurs de rester dans le pays.

Nous poursuivons notre route à la découverte du Pérou, en direction de l’Équateur. Cette entrée dans le pays est la synthèse du voyage et une belle leçon de vie.

Allez, road must go on !

Mojo

A propos de 

Morgane et Joselito Tirados ont voyagé durant une année en Amérique du sud à la rencontre de ceux qui font ce pays. Ce fût l'occasion pour eux d'envisager une installation sur place (certainement au Chili) et de développer un business autour de la cosmétique et des produits de bien être pour elle et proposer ces compétences en matière de stratégie d'entreprise pour lui.

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